La décentralisation : une stratégie efficace pour améliorer la gouvernance ?

Au Burundi, le processus de décentralisation a officiellement débuté en 2005 avec la promulgation de la loi qui l’encadre. Toutefois, ce n’est qu’en 2018 que se sont tenues les premières élections communales. Malgré des avancées notables, sa mise en œuvre reste complexe et se heurte à de nombreux défis. C’est dans cette perspective qu’un concours d’éloquence inter-universitaire, organisé par le Club d’actualité économique en collaboration avec Share-Net Burundi, a permis aux jeunes de s’exprimer sur la question.

Le 14 novembre 2025, deux équipes se sont affrontées : celle de l’Université du Lac Tanganyika (ULT) et celle de l’Université Espoir d’Afrique, chacune composée d’un jeune homme et d’une jeune femme. Elles ont débattu autour de l’assertion : « La décentralisation est une stratégie efficace pour améliorer la gouvernance. »

Pour la décentralisation

L’équipe de l’Université du Lac Tanganyika, représentée par Sibomana Abraham et Kenguruka Clara, a défendu cette affirmation. Dans un discours solennel, Sibomana Abraham a déclaré :
« Pendant trop longtemps, nous avons cru que la force d’un État se mesurait à la centralisation. Qu’un seul centre pourrait penser, décider et agir pour des milliers d’hommes dispersés sur le territoire. Mais un pays, ce n’est pas une tête sans corps. Un pays, c’est un ensemble de voix, d’initiatives et de talents qui attendent d’être écoutés. C’est justement ce que permet la décentralisation. »

Pour ces étudiants, la décentralisation ouvre la voie à une démocratie d’action, où une jeune femme peut intervenir activement dans un projet qui concerne sa communauté sans nécessairement passer par la capitale.
Sibomana Abraham a poursuivi :
« Cela demande de la confiance, de la transparence et des moyens, car il est vrai que la décentralisation est un défi. Mais c’est aussi une promesse. Un État fort n’est pas celui qui garde tout pour lui, mais celui qui partage le pouvoir et en multiplie les effets. Alors oui, osons la décentralisation. Pour donner vie à chaque commune, chaque colline et à chaque citoyen. Faisons-le ensemble, car un peuple qui participe, c’est un peuple qui se développe et un pays qui décentralise. »

Pour renforcer cette idée, Kenguruka Clara a cité Nelson Mandela :
« Tout ce que vous faites pour moi, sans moi, vous le faites contre moi. »
Pour elle, la décentralisation est donc une manière de garantir la participation active des citoyens aux affaires publiques.

Contre la décentralisation

L’équipe de l’Université Espoir d’Afrique, composée de Marie Paulin Iragi et Beraca Igiraneza, a contesté l’assertion. Elles ont avancé plusieurs arguments :

  1. Le pays manque déjà de ressources financières et humaines pour assurer les services publics de base ; une décentralisation précipitée pourrait accentuer cette fragilité.
  2. Elle risque d’aggraver les inégalités régionales.
  3. Processus à double tranchant, elle peut « libérer les énergies locales » mais aussi « déclencher la division et la fragmentation du peuple ».
  4. Les enjeux liés à la décentralisation étant extrêmement complexes, ils exigent des solutions nuancées pour éviter de reproduire les erreurs déjà observées dans l’histoire du continent africain.

Le mot de la fin

Sibomana Abraham a rappelé que, dans la vision 2040-2060, le développement des communes est considéré comme une priorité :
« Le développement des communes serait une priorité, afin que les communes développées puissent à leur tour contribuer au développement des provinces. Pour cela, il faut des moyens, car les communes ont besoin d’un budget. Le Burundi marche déjà vers la décentralisation mais il y a encore un pas à franchir sur la question budgétaire, la question de confiance. »

De son côté, Beraca Igiraneza a cité les propos de Siméon Barumwete, professeur de Science Politique à l’Université du Burundi :
« Oui, nous voulons réaliser la vision 2040-2060 sur la question de la décentralisation mais il y a un coût, c’est le coût de la non politisation de l’administration locale. On n’ira nulle part si on ne recrute pas des gens intègres et compétents et si on continue à politiser l’administration en recrutant les gens d’une même famille politique, par exemple les gens qui sont du parti au pouvoir. La question de la décentralisation est une question technique ; elle n’a rien à voir avec la politique. »

La décentralisation apparaît comme un levier potentiel de développement local et d’implication citoyenne. Toutefois, dans le contexte burundais, elle reste confrontée à de nombreux défis institutionnels, financiers et humains. Pour qu’elle porte pleinement ses fruits, ces obstacles devront être abordés de manière rigoureuse et responsable.

Annonce des bénéficiaires du 2ᵉ cycle de petites subventions collaboratives 2025, dédiées à l’innovation numérique.

Vous avez été nombreux à répondre à l’appel de l’innovation numérique, prouvant une fois de plus que le génie burundais est en pleine effervescence.

Investir dans les idées des femmes et des jeunes n’est plus une option, c’est une nécessité pour la justice sociale. Dans la foulée de notre appel à l’innovation numérique, Share-Net Burundi a le plaisir de présenter les initiatives retenues dans le cadre du deuxième cycle de petites subventions collaboratives.

Voici les idées qui contribueront à façonner le Burundi de demain :

 

  1. Première place: App HafiPharma: un projet porté par le partenariat stratégique entre Kadesign apportant une expertise numérique et Mother and Child, une expertise médicale et communautaire, pour développer une application mobile, qui fusionne deux services essentiels. D’un côté, elle permet une géolocalisation en temps réel des pharmacies et la disponibilité exacte des médicaments au sein des pharmacies, éliminant des déplacements infructueux. De l’autre, elle offre un service de consultation médicale virtuelle assuré par des professionnels de santé, pour lutter contre l’automédication dangereuse.Plus qu’un simple outil, c’est une réponse concrète et adaptée aux réalités locales, un modèle économique pérenne et qui vise un impact mesurable : améliorer radicalement l’accès aux médicaments, pour construire un système de santé plus résilient et efficace.
  2. Deuxième place: e-KIGEGA : se positionne comme une rupture technologique audacieuse pour l’entrepreneuriat au Burundi et en Afrique de l’Est. Il s’agit bien plus qu’une application de gestion : c’est un copilote financier intelligent qui intègre, pour la première fois dans une solution localisée, la gestion complète des flux de trésorerie, une intelligence artificielle prédictive (via ChatGPT) capable d’anticiper les risques et de recommander des actions correctives, et un système pionnier d’éducation financière automatisée. Ce dernier, grâce à la technologie HeyGen AI, génère chaque semaine des vidéos personnalisées où un avatar IA forme l’utilisateur sur ses faiblesses identifiées, agissant comme un coach dédié. Conçue pour être immédiatement opérationnelle dans cinq secteurs clés (agro-business, commerce, santé privée…), la plateforme vise à transformer radicalement la gestion des PME, à réduire les dettes impayées et à structurer l’économie locale.e-KIGEGA incarne la promesse d’une croissance durable, où chaque entrepreneur bénéficie d’une expertise financière de pointe, accessible et adaptée à la réalité de son métier.
  3. Troisième place: Menya Ibibanza Vy’Iratiro : une innovation numérique audacieuse porté par le Club Statistique de l’Université du Lac Tanganyika, en partenariat avec K-SQUAD pour développer une application mobile comme un guide touristique numérique complet, centralisant pour la première fois l’ensemble du patrimoine naturel, culturel et historique du pays. Elle combine une cartographie GPS fonctionnant hors-ligne (une réponse ingénieuse aux défis de connectivité) avec des itinéraires personnalisables et une mise en avant directe des acteurs économiques locaux (guides, artisans, hébergements).Bien plus qu’un simple outil de découverte, ce projet est un levier stratégique de développement économique : il vise à stimuler le secteur touristique, générer des revenus pour les communautés et créer des emplois, s’inscrivant parfaitement dans la Vision Burundi 2040-2060. Actuellement au stade de maquette fonctionnelle, l’application, conçue pour être robuste et accessible sur smartphones courants, représente une solution durable et pérenne, portée par l’expertise technique d’une jeune équipe universitaire et un modèle de partenariat solide avec les institutions publiques.

Ces projets vont bien au-delà de simples solutions technologiques : ils portent la promesse d’un accès équitable aux soins de santé, d’un développement économique durable et d’un leadership féminin renforcé.

Ces initiatives, menées par des jeunes et des femmes, traduisent notre engagement commun à utiliser la technologie numérique pour relever des défis concrets en matière de développement durable et de justice sociale au Burundi.

Cartographie des organisations de la société civile dirigées par des jeunes et des femmes au Burundi.

Dans le cadre de la mise en œuvre du projet UMUHIVU, Share-Net Burundi a réalisé une cartographie inédite des organisations de la société civile (OSC) dirigées par des jeunes et des femmes à travers le Burundi.

Cette initiative vise à mieux connaître le paysage associatif burundais, à identifier les acteurs clé œuvrant pour la justice sociale à travers différents domaines d’intervention et à comprendre leurs réalités, leurs défis et leurs besoins en matière de capacité organisationnelle.

Nous sommes heureux de partager aujourd’hui les principaux résultats de cet exercice, qui se présentent sous forme :

 

  1. D’une base de données interactive des OSC dirigées par des jeunes et des femmes, leurs domaines d’intervention ainsi qu’une visualisation cartographique permettant de les localiser. À retrouver ici.
  2. D’un rapport analytique mettant en lumière les forces, les fragilités et les opportunités qu’offrent ces organisations. À retrouver ici.

 

Ces livrables constituent une ressource stratégique pour orienter les interventions et favoriser des synergies durables entre les acteurs du monde associatif engagés pour le changement social au Burundi.

Nous vous invitons donc à découvrir ces ressources et à les utiliser pour renforcer la visibilité et l’impact de ces jeunes organisations pour le développement durable.