Si la pollution de l’air intérieur est ignorée, le désastre sanitaire s’installe.

Au Burundi comme dans plusieurs pays africains, plus de 90 % de la population dépend encore des combustibles solides pour la cuisson, le chauffage et l’éclairage, entraînant des niveaux alarmants de pollution de l’air intérieur. Lors d’un panel multipartite du 27 novembre 2025, organisé par l’Association Burundaise pour la Protection de l’Environnement et le Bien-être de l’Humanité (APBH) et Share Net, un avertissement clair a été lancé : sans action urgente, la crise sanitaire liée à l’air pollué dans les foyers continuera de s’aggraver.

L’accès à une énergie propre demeure un pilier essentiel du développement durable, mais des milliards de personnes à travers le monde, surtout dans les pays les moins avancés, continuent de cuisiner avec des combustibles fortement émetteurs de polluants : bois, charbon, résidus agricoles, déjections animales et kérosène.

À l’échelle mondiale, 2,6 milliards de personnes utilisent encore des foyers ouverts ou des poêles inefficaces, et en Afrique subsaharienne, 923 millions de personnes n’avaient toujours pas accès à des solutions de cuisson propres en 2022. Dans des pays comme le Burundi, le Mali, la Tanzanie ou l’Ouganda, plus de 90 % des ménages dépendent des combustibles solides, une réalité qui reflète très probablement la situation burundaise.
Cette dépendance structurelle expose les populations à une pollution chronique de l’air intérieur, aujourd’hui reconnue comme l’un des principaux risques environnementaux pour la santé.

Quels enjeux spécifiques pour le Burundi ?

Ir. Msc Rénilde Ndayishimiye, Directrice de l’Environnement et du Changement Climatique à l’OBPE et paneliste, rappelle que : « L’homme, en cherchant la facilité, contribue à la pollution de l’air. Le Burundi a institutionnalisé les inventaires climatiques, mais nous ne disposons pas encore de stations de mesure pour la qualité de l’air. Ces outils sont essentiels pour alerter la population lorsque l’air devient dangereux. Chacun doit devenir acteur de la protection environnementale. »

Pour Dr Norbert Manirakiza, paneliste aussi, expert en sciences environnementales, la situation est aggravée par des pratiques encore plus dangereuses : « Le méthane est un polluant puissant. Certains ménages utilisent même des plastiques pour cuisiner, ce qui dégage des toxiques particulièrement nocifs. »
Une participante venue témoigne d’une réalité préoccupante à l’intérieur du pays : « Dans de nombreuses maisons, on cuisine à l’intérieur, parfois dans des pièces où vivent aussi chèvres ou vaches. Il faut approfondir les recherches sur ces pratiques. »

L’absence de données systématiques rend difficile l’élaboration de politiques publiques adaptées et limite la capacité d’alerter efficacement les populations. De surcroit, des instruments de mesure insuffisants et coûteux. La question du suivi de la qualité de l’air demeure un obstacle majeur. Selon Dr Manirakiza : « Les appareils de mesure sont coûteux et souvent mobiles. À l’Université du Burundi, nous avions deux appareils, mais l’un est en panne. Dans certains pays, des médecins évaluent la qualité de l’air de manière régulière. Si nous acquérons ce matériel, il faudra assurer un suivi technique rigoureux. »

Quelles pistes pour relever les défis ?

Le Pr. en sciences environnementales souligne un obstacle important : le manque de coordination entre les acteurs. « Les chercheurs produisent des travaux pertinents, mais ils restent dans les bibliothèques. La sensibilisation aux dangers de la pollution de l’air devrait être intégrée dans les programmes scolaires. Il faut une collaboration structurée entre le ministère de la Santé, l’OBPE et les universités, pour créer un cadre institutionnel cohérent. »

Pour une participante de l’ISABU : « Il est urgent de travailler ensemble et d’améliorer ce qui doit l’être. » Une jeune participante pose une question cruciale : « Ne faudrait-il pas rendre les résultats de recherche accessibles aux communautés rurales, dans un langage simple ? Si les données restent dans les tiroirs, rien ne changera pour la population. »

Toutes les interventions ont convergé sur un même constat : les campagnes de sensibilisation doivent s’ancrer dans les réalités quotidiennes des Burundais, en mettant en lumière les petites habitudes qui, souvent à leur insu, contribuent à la dégradation de la qualité de l’air. Elles ont également souligné la nécessité de mener les recherches de manière collaborative, de les sortir des bibliothèques et, surtout, de rendre les données accessibles à l’ensemble de la population.

Foire des connaissances : l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes, tremplin pour réinventer l’avenir

Art, entrepreneuriat, théâtre, débats… La Foire des connaissances, organisée le 11 juillet par Share-Net Burundi au Centre Izuba pour soutenir l’initiative « UMUHIVU », a été un véritable carrefour d’échanges et d’inspiration. Jeunes talents et femmes leaders y ont exposé leurs idées, partagé leurs expériences et identifié des solutions concrètes aux défis qui freinent leur épanouissement.

Des stands d’expositions de produits développés par des jeunes et des femmes dans divers secteurs, ateliers de co-création, séances de pitch, représentation théâtrale de la pièce « INAMUJANDI » célébrant une légende guerrière burundaise, sans oublier les discours inspirants, la Foire des connaissances a rassemblé une diversité d’acteurs engagés autour d’un objectif commun : apprendre les uns des autres et construire ensemble des pistes d’avenir.

Un espace de co-création stimulant

Parmi les moments forts, une session d’échanges interactifs a permis de débattre autour de plusieurs thématiques clés : jeunesse et art, entrepreneuriat, bonne gouvernance et droits humains, santé sexuelle et reproductive et les droits y relatifs (SDSR), entrepreneuriat, ainsi que sécurité alimentaire et nutritionnelle.

L’objectif principal était d’identifier les obstacles que rencontrent les jeunes et les femmes dans l’accès à l’éducation, au financement et aux opportunités sur le marché, et de réfléchir ensemble à des solutions concrètes.

Des freins multiples à surmonter

Dans la session dédiée à l’entrepreneuriat, animée par Kathia Gretta Iradukunda, co-créatrice de –« Ubuhinga Bwacu – ArtPreneur au Féminin », six jeunes ont échangé sur les obstacles rencontrés au quotidien : manque d’ambition ou de rêve chez les jeunes alimenté par un système éducatif parfois démotivant, jeunes compétents non valorisés, normes sociales défavorables aux femmes, harcèlement sexuel dans certains milieux éducatifs ou professionnels, absence de modèles inspirants, peu d’espaces de réseautage, une méconnaissance des opportunités existantes surtout chez les jeunes vivant en milieux ruraux.

Des lois discriminatoires limitant la représentation féminine (ex. : quotas de 30%) dans les instances décisionnelles, des conditions restrictives d’accès au crédit et aux devises étrangères, une forte informalité de l’emploi chez les jeunes, causée par le chômage et les conflits intergénérationnels (corruption, clientélisme…). Un constat clair : les défis sont nombreux.

Des jeunes qui refusent de baisser les bras

Face à ces réalités, des solutions ont été proposées. Les jeunes appellent à renforcer leur accès à l’information et aux opportunités, à adopter une culture d’apprentissage continu et promouvoir les échanges entre pairs, à exploiter les outils numériques, et à persévérer malgré les obstacles. Cultiver une bonne réputation et une crédibilité professionnelle afin de faciliter l’accès aux financements.

Ils demandent également au gouvernement de revoir les politiques d’accès aux crédits, de créer un environnement fiscal plus favorable aux jeunes entrepreneurs, de réformer le système bancaire, et de garantir une place plus active aux jeunes et aux femmes dans les instances de décision.

Mettre en place des mesures fiscales incitatives, notamment l’exonération pour les jeunes entreprises et réformer la réglementation bancaire sur les devises étrangères et plaider pour un marché libre et un meilleur accès à la mobilité régionale.

Une jeunesse prête à prendre le relais

La Foire des connaissances a prouvé une chose : la jeunesse burundaise regorge de talents, de créativité et de volonté. Il ne reste plus qu’à lui tendre la main, lui faire confiance, et lui ouvrir la porte. Car comme l’a rappelé un participant : « Investir dans les jeunes, c’est miser sur un avenir solide, équitable et innovant. »